Quand un bébé allaité ne prend pas assez de poids : comprendre et agir, sans culpabiliser
- estellenaturopathi
- 18 févr.
- 4 min de lecture
La pesée, un moment parfois difficile
Pour beaucoup de mamans qui allaitent, la pesée est un moment qui peut être mal vécu.
La première fois, on y va confiante. Et parfois, on tombe de haut...(c’est du vécu…).
Alors quand c’est le cas, après, on oscille entre espoir et crainte.
Parce que quand un bébé ne prend pas suffisamment de poids, la maman se retrouve souvent :
inquiète pour la santé de son enfant
envahie par le doute
et trop souvent culpabilisée, explicitement ou non. Et ça, je voudrais vraiment que ce ne soit plus jamais le cas.

Le moment des pesées doit être un moment d’échange autour de l’évolution du bébé, du ressenti de la maman, et bien sûr de la conduite de l’allaitement.
Cela ne peut pas être un rendez-vous de 10 minutes, un point sur la courbe de poids, 2-3 recommandations rapides, et basta !
Toute maman qui allaite doit savoir cela : une prise de poids insuffisante n’est pas un échec maternel.
C’est un signal. Et comme tout signal, il mérite d’être compris, pas jugé.
D’abord, c'est quoi "ne pas prendre assez de poids" ?
Avant toute chose, il faut sortir des impressions et des comparaisons.

La prise de poids d’un bébé allaité :
s’évalue sur les courbes de croissance de l’OMS (mais une courbe qui stagne, le fait sur toutes les courbes)
se regarde dans la durée, pas sur une seule pesée
s’interprète en tenant compte du contexte global (poids de naissance, terme, état de santé…)
Tant que le bébé a une prise de poids régulière, qui suit sa courbe de naissance, c’est ok !
Par contre s’il casse sa courbe, change de couloir, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas, et qui mérite toute l’attention du/de la professionnel.le qui effectue la pesée.
Toujours écarter une cause médicale en priorité

Avant d’analyser l’allaitement, il est essentiel de vérifier qu’il n’existe pas
une cause médicale expliquant la prise de poids insuffisante.
Parmi les causes possibles :
une infection (ORL, urinaire, digestive…)
un reflux gastro-œsophagien important
une allergie aux protéines de lait de vache (APLV)
une pathologie plus rare, mais à ne pas manquer
👉 Tant qu’une cause médicale n’a pas été recherchée et écartée, il est injuste et dangereux de conclure trop vite à un “problème d’allaitement”.
La cause la plus fréquente : bébé ne boit pas assez de lait
(et ce n’est pas la faute de la mère)
Une fois les causes médicales écartées, la situation la plus courante est effectivement la suivante :
👉 le bébé ne consomme pas suffisamment de lait.
Mais attention aux raccourcis !

Cela ne veut pas dire :
que la maman “n’a pas de lait”
qu’elle fait mal
qu’elle n’est pas faite pour allaiter
Dans la grande majorité des cas, cela s’explique par :
un démarrage d’allaitement insuffisamment accompagné
des repères absents ou erronés
des tétées peu efficaces ou trop peu fréquentes
des difficultés de succion (frein, tensions, immaturité…)
👉 Ce sont des manques d’informations et de soutien, pas des manques maternels.
Pourquoi “compléter au lait infantile” n’est pas la seule solution, loin de
là !
Quand un bébé ne prend pas assez de poids, la réponse proposée est souvent rapide :
👉 “Donnez un complément.”
Or, donner un biberon de lait infantile sans réflexion globale peut :
diminuer les tétées au sein
réduire la stimulation de la lactation
aggraver la situation à moyen terme
Cela ne veut pas dire que les compléments sont toujours une mauvaise idée. Mais leur introduction doit :
être réfléchie
être intégrée dans une stratégie globale qui protège l’allaitement.
👉 Cela nécessite des compétences spécifiques en allaitement, qui ne font malheureusement pas partie de la formation de base des médecins généralistes.
Ce qui aide vraiment : une évaluation complète et individualisée
Pour accompagner une prise de poids insuffisante chez un bébé allaité, il faut regarder :
la fréquence et l’efficacité des tétées
le comportement du bébé au sein, sa façon de téter
la lactation maternelle
l’état de fatigue de la maman
le contexte émotionnel et logistique
Il n’existe pas de solution unique. Il existe des ajustements adaptés à chaque duo mère-bébé.
Par exemple (selon ce qui a été observé) :
- Changer la position pour améliorer la prise du sein par le bébé.
- Aider le bébé à mieux prendre le sein en bouche.
- Recommander une consultation avec un ostéopathe et/ou une orthophoniste si tensions ou trouble de succion constatés.
- Tirer le lait avec un tire-lait électrique (et des téterelles de taille
adaptée !).
Double intérêt, cela stimule la lactation et permet de recueillir du lait pour complémenter le bébé avec du lait maternel.
- Donner des compléments de lait infantile (sans protéines de lait de vache tant que la complémentation est temporaire), s’il est urgent que ce bébé boive davantage.
MAIS avec en parallèle mise en place d’un tire-lait pour relancer la lactation! Sauf si souhait de la maman évidemment mais alors on l’informe que sa lactation risque de décliner rapidement.
Vous voyez bien qu’il n’y a pas UNE solution mais PLUSIEURS, qui sont à adapter à la situation. D’où l’importance d’une évaluation précise de celle ci, de ce qui est réalisable dans la vraie vie, et d'un suivi rapproché pour réajuster.
Ce que j’aimerais que chaque maman entende
Vous êtes capable d’allaiter, votre lait est assez nourrissant pour votre bébé.
Vous n’avez pas “mal fait”.
Vous avez fait avec ce que vous saviez, les conseils et le soutien que vous avez reçu.
Si votre bébé ne prend pas assez de poids, ce n’est pas votre faute, c’est un appel à être mieux accompagnée RAPIDEMENT.
Se faire aider
Face à cette situation, il est essentiel de pouvoir s’appuyer sur un.e professionnel.le :
formé.e à l’allaitement
capable de travailler en complément du suivi médical
avec une approche respectueuse, sans pression ni culpabilisation
Parce que oui, des solutions existent, et plus elles sont mises en place tôt, plus elles sont efficaces et rassurantes.
La prise de poids d’un bébé allaité est un sujet sensible. Il touche à la santé de l’enfant, mais aussi profondément à la confiance maternelle.
Mon rôle, et celui de tout professionnel formé, n’est pas de juger ni de trancher trop vite, mais d’aider chaque mère à comprendre, ajuster et permettre au bébé d'avoir une croissance optimale..




Commentaires